February 16, 2019

Les personnes âgées souffrant de plusieurs maladies chroniques consomment en moyenne 14 médicaments de façon régulière.

Parce qu’ils souffrent souvent de plusieurs maladies chroniques, les seniors sont particulièrement concernés par la «polymédication», c’est-à-dire le fait de consommer au moins 7 médicaments en même temps de façon régulière. «Une surconsommation qui peut entraîner des chutes et d’autres accidents graves» (hémorragies…) et des hospitalisations, souligne le magazine 60 Millions de consommateurs.

Dans son numéro d’octobre, le mensuel publie les résultats d’une étude menée en 2016 par Open Health, une société spécialisée dans la collecte et l’analyse de données de santé. Au total, près de 155.000 personnes âgées de 65 ans et plus «polymédiquées» ont été interrogées pendant 3 mois, ainsi que 2.600 pharmacies. L’enquête révèle que les personnes âgées souffrant de pathologies multiples cumulent en moyenne 14 traitements à la fois. Et encore «c’est une fourchette basse parce que l’automédication n’est prise en compte que si elle est associée à une prescription médicale», précise 60 Millions de consommateurs.

Des risques graves

Parce qu’avec l’âge on souffre plus souvent de maladies multiples (diabète, hypertension, Parkinson…) plusieurs traitements peuvent être essentiels, sans pour autant justifier toutes ces «ordonnances à rallonge» dont les effets secondaires, en dehors des risques sévères, peuvent altérer la qualité de vie des patients. L’étude met également en évidence que plus d’un médicament prescrit sur 10 a un service médical rendu jugé insuffisant (5%) ou faible (6%).

Autre point soulevé par l’enquête: près de 9 patients consommant plusieurs médicaments sur 10 sont confrontés en continu à plus de 3 associations médicamenteuses à risques. Moins de 1% des participants à l’étude n’ont aucun risque grave lié à leur traitement. Ainsi, plus de la moitié des personnes prennent des antihypertenseurs, ces médicaments visant à rétablir une tension artérielle normale en cas d’hypertension. Parmi elles, 9% prennent plusieurs antihypertenseurs combinés. Or ces traitements peuvent provoquer des chutes par baisse de tension.

Plus de la moitié des patients interrogés se voient prescrire des IPP (Inhibiteurs de la Pompe à Protons), et ce malgré une absence d’indication pour certains. Ces médicaments indiqués dans la prise en charge des reflux gastriques ou dans les ulcères gastro-duodénaux peuvent provoquer une mauvaise absorption des aliments, entraîner des risques accrus de diarrhées et d’atteintes pulmonaires infectieuses, des fractures ou encore des carences.

Selon l’étude, près d’une personne sur deux consomme des benzodiazépines, des médicaments psychotropes dont la prise sur une durée longue est déconseillée en raison des risques de sédation qu’ils induisent, de confusion, de troubles de l’équilibre, de chute, d’accident de la route et d’addiction. Autre exemple grave: 8% des personnes combinent des AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) et des antithrombotiques, une pratique totalement contre-indiquée. «Le sujet est d’autant plus préoccupant que certains anti-inflammatoires sont en vente libre, et peuvent donc être consommés de manière inappropriée, à la seule initiative du patient, et sans que le médecin traitant le sache», souligne le communiqué.

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Écarter les médicaments superflus

«Il faut une vraie coordination entre les médecins» et un «vrai dossier médical partagé» pour faire en sorte qu’on allège les ordonnances, a déclaré Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques, à l’AFP. En effet, l’étude révèle que les patients se voient prescrire leurs traitements par près de 3 médecins différents.

«Il faut faire le point régulièrement avec son médecin et lui apporter les ordonnances des spécialistes ou d’autres médecins et noter ce qu’on a acheté en plus soi-même» sans ordonnance conseille Claude Rambaud, coprésidente du Collectif interassociatif sur la santé (CISS) regroupant une quarantaine d’associations d’usagers de la santé. Ceci afin de réviser l’ordonnance pour vérifier si tous les médicaments prescrits correspondent à l’état de santé des patients, en nombre et en doses, dit-elle encore à l’AFP.

Cette réévaluation régulière est l’occasion d’écarter «les médicaments qui ne sont plus indispensables ou carrément devenus inappropriés. Et surtout de rappeler au patient quels traitements sont incontournables pour sa santé», insiste le magazine.

D’après l’Assurance maladie, les accidents liés aux médicaments occasionnent ainsi 130.000 hospitalisations et 7.500 décès par an chez les personnes de plus de 65 ans.

Directrice de publication

Fatou N'diaye Diallo